Cette lettre est adressée à Delphine de Vigan.
Madame,
J'ai lu récemment votre ouvrage Rien ne s'oppose à la nuit, publié chez JC Lattès.
Ce livre est un "roman". Et pourtant, je l'ai lu comme un témoignage de votre histoire, de ce que vous avez traversé. Je ne sais comment vous dire à quel point il m'a touchée et émue, tant il est "réel", "vrai". Je me suis laissée prendre, bercée par la mélodie des mots, happée par les maux. Je l'ai lu avec les yeux d'une lectrice lambda prise par cette histoire familiale, la vôtre, et, malgré moi, au fur et à mesure des pages, sans m'en rendre réellement compte, mon imaginaire a rencontré la réalité de mon exercice professionnel de psychologue clinicienne et thérapeute familiale. J'ai alors "vécu" de l'intérieur au plus proche de cette intimité qui nous échappe parfois, ce que j'entends et écoute pendant de longues heures durant de ces familles en souffrance. Bien évidemment mon propos n'est pas de faire une analyse clinique de votre livre ; j'en suis incapable et cela n'a aucun intérêt pour qui que ce soit. Simplement, je me suis identifiée à certains de vos personnages, et le mot est inaproprié puisqu'il ne s'agit pas d'une fiction ; je me suis laissée "habiter" par leurs émotions, leurs espoirs et leurs désespoirs, leurs désarrois, leurs impuissances. J'ai saisi autrement, de "l'intérieur", ce qui m'est parfois inaccessible, ce que la maladie mentale nous apprend de ce que nous sommes aussi. La maladie mentale, la "folie" qui nous terrorise, tant elle nous paraît étrangère, qui nous fait horreur parfois et qui relègue ceux et celles qui en souffrent à des places qui n'en sont pas. Et pourtant, derrière cette souffrance souvent indicible et incompréhensible tellement elle peut nous paraître étrangère, il y a des hommes, des femmes, des enfants qui combattent pour survivre. C'est de cela et de ceux-là dont votre livre parle... Si on y côtoie le désastre, la terreur, les morts qui habitent les esprits et les corps, on y découvre aussi des trésors, des talents, de l'amour, de la tendresse, des rires, de la vie, en un mot de l'humanité.
J'ai aimé Lucile, Liane, Lisbeth, Violette, Manon, et tous ces autres qui ont occupé mes nuits et mes journées, mes pensées, mes rêves. Aujourd'hui, je ne suis plus tout à fait la même, ni tout à fait une autre, simplement je porte en moi les traces et les retentissements de ce "témoignage" et je vous remercie de l'avoir écrit.
Quant au titre, Rien ne s'oppose à la nuit, j'y ai reconnu tout de suite les paroles de la chanson de Baschung, "Osez Joséphine" qui, comme toutes ses autres chansons, me consolent souvent des maux dont on ne parle pas suffisament avec dignité et respect.
Encore une fois, merci à vous... et pour avoir lu vos autres romans, je regrette de n'avoir pu me plonger dans " Jours sans faim" malheureusement épuisé.
Chiara